• Pascale

Le regard de l'autre, la pression sociale

L'intro :

Tout commence un samedi après-midi, où je décide d'emmener Eliot, Lindt et Noisette profiter d'une balade en forêt. Jusque là, rien de plus banal. Je me gare, je sors les longes du coffre et c'est là que les premiers cafouillages pointent leur nez. Mes chiens sont attachés, nous sommes toujours près de la voiture et j'essaie tant bien que mal de démêler ces fichues longes pendant facilement 2 minutes. Des gens accompagnés de leur chien passent devant nous, se marrent forcément en me voyant accroupie à me démener avec mes bouts de cordes. Et puis il y a cet homme qui sort de son gros 4x4 avec ses 2 Border Collies détachés. Ils sont à 1m50 de nous. L'homme s'étonne avec un petit sourire de l'irritation de mes chiens et je justifie la situation en expliquant leur comportement par de la frustration. C'est bon, longes démêlées, nous voilà prêts.

La balade :

Tout va bien, les titis font leurs trucs, comme d'habitude, je travaille le rappel de temps en temps avec Noisette (les chiens de chasse, ça vous dit quelque chose ?) et nous privilégions les lieux feuillus, un peu accidentés, à l'écart des chemins pédestres (enfin, ils n'ont de "pédestre" que le nom, parce que les VTT pullulent de tous les côtés).

Premier stress : un quart de seconde d'inattention et voilà Noisette et Lindt courant à toute vitesse vers une joggeuse et son ... Border Collie en liberté (bingo !). Lindt (6 kg) se déclenche, intimide le Border et forcément, la copine (4,5 kg) la suit. Deux petites crottes en furie, je peux vous garantir que ça peut impressionner ... J'ai vite récupéré les longes, capté l'attention des chiens, calmé Eliot qui était sûrement en train de se dire qu'il allait participer à la fiesta, n'ai pas pu m'excuser auprès de la joggeuse qui était déjà partie et ... Les gens ... Un groupe de promeneurs, mélange de rires et de "oh la la", moi les ignorant et faisant de ma priorité le retour au calme des titis. Ce fut chose faite. En apparence, parce qu'en vérité, j'avais honte.

Je passe toutes les fois où les VTTistes ont allègrement animé cette balade en passant sans se signaler par derrière. Je suis sûre que ceux qui baladent leurs chiens voient de quoi je parle.

L'apothéose :

Le poney club, je l'avais oublié celui-là ... Un groupe de jeunes montant leurs double-poneys, je bifurque sur un petit sentier et à votre avis ? Où croyez-vous que ce groupe a, lui aussi, décidé de bifurquer ? Qu'à cela ne tienne, un dégagement verdoyant, j'en profite pour me mettre à l'écart, j'occupe les titis avec des lâchers de bonbecks dans l'herbe, en attendant que le groupe humains-équidés passent et ... Noisette courant à toute vitesse derrière eux ! Mais à quelle moment la longe a-t-elle glissé de mes mains ? Noisette vite récupérée, Pascale à la limite de la génuflexion se confondant en excuses, fin de l'histoire.


Analyse :

A chaque événement, il y a la manière dont celui-ci est vécu et l'analyse de ce même événement avec du recul. En fonction des aléas qui interfèrent, le ressenti n'est pas toujours le même.

A la base, une balade en forêt avec ses chiens doit être majoritairement bien appréhendé. Tous les ingrédients sont là pour y contribuer : un lieu propice au bien-être des humains et des chiens, plaisir des yeux et des sens, détente et exercice physique.

Phase 1 :

Je me suis sentie honteuse. Vraiment. Je me suis dis "tu es une pro, toi ? Mais tu n'as pas assuré ! Heureusement que ta profession n'est pas inscrite sur ton front, imagine ce que les gens diraient ?"

Ce regard de l'autre a pris le dessus pendant cette balade si "désastreuse" (à mes yeux) parce que j'ai laissé mes émotions prendre le dessus. Je n'avais pas assuré, j'étais nulle, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure. J'étais honteuse et énervée. La joie que j'étais sensée ressentir comme à chaque balade en forêt s'était transformée en colère. Le pire, c'est qu'une petite voix ne cessait de me dire "mais tu sais bien pourquoi c'est arrivé !".

Phase 2 :

Le recul et les décisions.

Si l'on prend le temps d'analyser la situation que j'ai vécue avec mes chiens, il n'est pas difficile de trouver les explications et surtout d'ajuster pour éviter la répétition.

  • Nous avons tout d'abord le "quand" : étant indépendante dans mon travail, je peux me permettre de balader mes chiens en semaine. Ceux qui l'ont déjà fait voient bien de quoi je parle : en semaine, forcément, c'est bien plus plaisant, parce que plus tranquille. Pas (ou peu) de comportements incivils et intempestifs et beaucoup moins de monde.

  • Longes emmêlées, un peu risqué ...

  • Une association très désagréable explique l'incident avec la joggeuse et son Border : un passif avec certains grands chiens, des chiens similaires leur causant de la frustration avant même de commencer la balade, une personne et son chien qui courent (Lindt et Noisette sont des chiens de chasse)

  • Je n'ai pas familiarisé Noisette aux équidés (dans ce cas, il est logique que ces derniers puissent représenter une menace ou une proie potentielle)

  • L'accumulation de stress a autant été vécue par moi-même que par mes chiens, nous nous sommes donc les uns les autres alimentés dans une espèce de cercle vicieux

La pression sociale n'est pas toute puissante. Elle existe, c'est évident, mais il n'est pas impossible de s'en affranchir. Je pensais depuis longtemps y être parvenue, mais l'expérience vécue m'a montré que je pouvais encore vouloir me faire toute petite, même si j'avais acquis la capacité d'expliquer la situation. J'ai, dans cette histoire, manqué de discernement, tout en oubliant peut-être mes priorités. Je n'avais pas pu, dans la semaine, offrir de balade en forêt à mes chiens et je tenais vraiment à la faire. J'ai manqué d'analyse et de bon sens. J'avais pourtant vu le nombre de véhicules garés, je savais qu'avec le beau temps, je risquais d'être confrontée à davantage d'aléas qu'en semaine, bien davantage. Quand il m'arrive de devoir faire face à une situation compliquée, je garde toujours en tête de m'occuper avant tout de mes chiens tout en faisant abstraction de ce que peuvent penser les gens autour de moi. Sauf cette fois-ci.

Je ne dis pas cela pour culpabiliser, même si, bien sûr, je suis la seule responsable. J'en tire les leçons, c'est tout. Culpabiliser ne fait pas avancer et n'engendre pas vraiment la remise en question. Nous avons tous, y compris les professionnels, parfois, besoin de réajustements pour être en mesure de faire face aux aléas de la vie avec davantage de sérénité. Apprenons donc, quand il le faut, à être un peu plus indulgents avec nous-mêmes.



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