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  • Pascale

La nourriture pour les chiens, un tabou aussi tenace que l'argent pour les humains

De nos jours encore, certains sujets sont éludés dans les conversations et ce, pour différentes raisons : la peur de vexer, la peur d'être trop curieux, la peur d'être jugé, la peur d'être envié. C'est souvent le cas de l'argent (celui que l'on gagne, celui que l'on dépense ou celui que l'on épargne), les choix politiques, religieux, philosophiques.


Education, tradition, pudeur, font que l'individu peut être encré dans l'immobilisme, l'enfermement et même l'aveuglement. Cependant, nos sociétés évoluent, on n'arrête plus les progrès technologiques, tout va vite, très vite. C'est là le paradoxe, car d'un côté, il est difficile et très long de faire évoluer les mentalités, les habitudes, de faire tomber les vieux mythes, et d'un autre côté notre société ne laisse que peu de place à la contemplation, à la réflexion, à la remise en question. Au contraire, elle nous abreuve d'instantané, de sensationnel, d'éphémère, de superficiel. Le juste milieu est parfois difficile à trouver à cause d'une pression sociale de plus en plus insistante. La bonne nouvelle, c'est que ce juste milieu n'est pas impossible non plus à trouver. On peut, par exemple, utiliser à bon escient ce que nous offre le monde moderne, tout en sachant savourer des pauses salvatrices "au vert", génératrices de bien-être. Pas facile, je vous l'accorde, mais pas impossible non plus.


Mais revenons aux tabous et aux vieux mythes et intéressons-nous plus particulièrement aux tabous et vieux mythes qui fleurissent dans le monde canin. Parce qu'en fait, nous sommes sur le même principe que j'évoque dans le paragraphe précédent : d'un côté nous avons à faire face à une approche des plus archaïques et délétères encore bien tenace, des mythes en veux-tu en voilà qui perdurent (aussi magiques les uns que les autres), et d'un autre côté notre sympathique société de consommation nous offrant une profusion de biens et services les plus attractifs les uns que les autres, dont l'acquisition d'un chien, avec une facilité déconcertante et douteuse d'un point de vue éthique.


C'est maintenant que j'en viens au sujet de cet article, la bouffe pour les chiens. Pas la bouffe - alimentation, choix alimentaire - mais la bouffe = renforçateur. C'est fou à quel point ce sujet peut poser problème. "Tu soudoies ton chien", "tu l'achètes", "tu le rends dépendant de la bouffe et après, tu fais comment si tu n'en as pas ??", "Mouais, bonjour l'artifice, même pas capable de se faire obéir naturellement !" (celle-là, je l'adore !), "Mais il va prendre du poids avec tout ça !", "ri-di-du-le" (ma préférée), etc.


La nourriture est ce que l'on appelle un renforçateur inconditionnel, qui répond au besoin de survie (s'alimenter) et qui est donc inné. Il existe bien sûr d'autres types de renforçateurs, acquis - appris - ceux-ci : les jouets, compliments, caresses, truc sympa à faire, etc.

Un renforçateur va servir à maintenir et à favoriser la répétition d'un comportement. "Attends attends, moi, mon chien, il répond plus à son tug qu'à la bouffe !" Eh bien je dirais tant mieux ! Fais avec ce qui fonctionne le mieux avec ton chien, où est le problème ? La réponse de ton chien au tug est probablement due à une super histoire avec ce tug, des moments répétitifs qui, à terme, ont fait de ce tug le super méga trésor. Autant en profiter. Ce que ton chien vit, ressent, fait, ne sera pas forcément ce que d'autres chiens vivront, ressentiront et feront. Chacun a son histoire, son environnement, ses habitudes. Tous les chiens ne sont pas des fanas des jouets et c'est ainsi. C'est donc variable. En revanche, la classification des renforçateurs est, elle, stable. La bouffe, ça marche. "euh, mon chien est difficile, il ne mange rien ..." A vous de vous creuser la tête pour trouver ce qu'il aime. Un chien, sauf raison médicale particulière, mange. Et puis on ne vous dit pas non plus d'en utiliser 3 kg par jour ...


Utiliser la nourriture dans les apprentissages permet d'ancrer plus durablement de nouveaux comportements, permet de motiver le chien, aide à dédramatiser une situation inconfortable, c'est un excellent allié dans l'éducation et la rééducation. Elle est indispensable en désensibilisation (travail sur l'anxiété de séparation, par exemple).

Utiliser la nourriture ne rend pas les chiens addicts, ne les rend pas obèses (le bon sens voudra que la ration alimentaire soit réduite en fonction ...), ne fait pas de nous des maîtres-chanteurs (tu bosses gratuitement, toi ?).